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lundi 24 février 2014

Ma tempête de neige de Thomas Scotto

Auteur prolifique et passionné, fou amoureux des mots, il a été libraire avant de se consacrer corps et âme à sa passion : l’écriture. Son nouveau roman, Ma tempête de neige, vient de paraître chez Actes sud Junior. Nous rencontrons aujourd’hui Thomas Scotto.

ICI pour sa biographie et sa bibliographie complètes.
ICI pour son blog. 


Comment est née l’idée de ce livre ? Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Ce texte fait partie de la collection « d’une seule voix » chez Actes sud Junior. Une collection à la forme imposée, celle de monologues intérieurs d’adolescents à lire à haute voix et qui compte déjà plusieurs titres d’auteurs que j’affectionne : Cathy Ytak, Gilles Abier, Jean-Philippe Blondel… Depuis le tout premier texte paru en 2007, l’impressionnant Quand les trains passent de Malin Lindroth, le ton était donné. J’avais sous les yeux de la grande littérature. Et cela me travaille depuis cette lecture-là…écrire un « d’une seule voix » ! Cette collection est un magnifique terrain de recherche. C’était un défi aussi car je n’ai pas beaucoup écrit pour ces âges-là. (Juste un recueil de nouvelles, Mi-ange, mi-démon, chez Thierry Magnier). Je voulais quelque chose qui ne soit pas anodin mais pas plombé non plus. Un texte de douceur qui pose questions mais dont la thématique soit pleinement assumée. L’idée ce cette naissance attendue est venue alors très naturellement…

Quel poids a joué votre paternité pendant l’écriture ?

Un poids gigantesque…ce serait idiot de le nier ! Je suis partout entre ces lignes… Et même s’il n’en reste pas moins une fiction, j’ai imaginé ce texte comme une déclaration d’amour paternelle. J’ai aimé follement être un futur papa. Jeune aussi : 21 ans… Dans les doutes, les peurs et les étonnements partagés avec une future maman que je ne remercierais jamais assez ! Pendant l’écriture, il a fallut donc verbaliser des sentiments vécus pleinement sur le moment, vécus peut-être parfois dans une certaine insouciance. Dans une première version, c’était justement cette jeune maman qui parlait. Cathy Ytak, a qui je l’avais fait lire, m’a laissé entendre que je me trompais de voix…elle avait raison. C’était bien celle du père que je voulais donner. Moins attendue et tout aussi impatiente, entière. Dix huit ans et quinze ans après, je suis dans ce même émerveillement de père ! C’est beaucoup de chance tout cela. C’est une grande partie de ma construction personnelle.



Votre profession vous amène à rencontrer souvent les adolescents. Quel regard portez-vous sur cette génération ?

Elle me questionne autant qu’elle m’épate. Peut-être que les adolescents que je croise aujourd’hui, ne ressemblent pas à celui que j’étais… Et pourtant, j’ai vraiment la sensation de quelque chose d’intimement universel. Ils sont capables, dans la même heure de rencontre, d’être des murs de pierre, des bâtons de dynamites sur le point d’exploser, des bulldozers qui veulent terrasser leur propre monde, des oreilles avides et des yeux sensibles, des avis précis sur ce qu’on leur a fait lire. Ils disent souvent, entre les lignes, « regardez-moi », « écoutez-moi », « aimez-moi ». S’il y a bien un endroit où on ne peut pas tricher…c’est devant un adolescent !

Votre bibliographie compte déjà plusieurs titres. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru jusqu’à présent ?

Mon premier livre est paru il y a 16 ans chez le même éditeur que ce dernier. Et les titres qui ont suivit sont, je crois, assez différents les uns des autres. En âges concernés, en genres et en formes… J’aime cette idée du « chemin parcouru », parce que je suis toujours en recherche.  On peut imaginer savoir écrire de mieux en mieux en vieillissant de plus en plus, et puis ce n’est pas si vrai que ça ! Je veux pouvoir me retourner un jour et me dire : Tous ces mots dans tous les sens ? Mais c’est tout logique, au fond. Je suis bien tout cela ! Drôle et grave, bon et moins bon. J’ai eu le même plaisir à écrire chacune des histoires. Et c’est ce qui me rend triste en ce moment…voir disparaître, pour des raisons plus économiques que sensibles, des textes qui sont « mes passeports ». C’est devenu mon cheval de bataille…que ces textes là ne meurent pas !



Pourquoi êtes-vous devenu écrivain pour la jeunesse ?

Je voulais être pâtissier…puis comédien de théâtre…alors pourquoi oui… ?! Parce que grand lecteur de livres pour la jeunesse écrits par de grands auteurs (Tomi Ungerer, Roald Dahl). Enfant, je n’ai pas manqué de livre ni de chansons. J’avance, ici encore, Anne Sylvestre…tellement fondatrice ! Et, devenu jeune adulte écrivant, je crois que je ne me suis même pas posé la question du destinataire. C’est arrivé aussi simplement que ça.
Après ma première publication, j’ai rapidement croisé Jo Hoestlandt, Nadine Brun-Cosme, Christophe Honoré, Olivier Mau, Hector Hugo…des auteurs parfaitement humains et audacieux. Les belles personnes au bon moment.

Vers quelles dimensions de l’imaginaire ou de la réalité voudriez-vous tourner le regard maintenant ?

Imaginaire ou réalité, je n’ai pas de préférence.
Je veux continuer à me surprendre, surtout. C’est très égoïste mais je suis le premier à ne pas vouloir me décevoir !
Cela peut prendre toutes les formes possibles : bande dessinée, chansons, d’autres textes d’albums j’espère ou de petits romans… Peut-être aller un peu plus encore vers l’écriture dite « adolescente » dont la frontière avec celle adulte est parfaitement poreuse.

Avec quel illustrateur auriez-vous envie de collaborer ? Pourquoi ?

J’ai la chance d’en rencontrer beaucoup. Dans les livres et en vrai. J’ai eu la chance d’être illustré par certains que j’aime : Elodie Nouhen, Olivier Tallec, Eric Battut, Ingrid Monchy, Benjamin Adam… Je suis quelqu’un de curieux dans ce domaine de l’image alors les envies futures ne manquent pas ! Avec des confirmés et des nouveaux… beaucoup de projets en duo dorment d’ailleurs, parce que refusés. Il y en a quand même un que je tente de séduire depuis des années lumière… !
Alfred.
Du talent sensible et un trait qui ne tombe jamais dans la facilité. Il vient d’obtenir le prix d’Angoulême pour son Come Prima aux éditions Delcourt. Ça risque de ne pas être encore pour tout de suite cette affaire !

Quel était votre livre préféré quand vous étiez enfant ?

Mon premier grand souvenir…Jean de la lune de Tomi Ungerer.

Quelles sont vos sources d’inspirations, littéraires ou autres ?

La vie de tous les jours et les grandes émotions qui nous traversent. La famille aussi ! Les rapports ténus des uns avec les autres, tous sexes confondus. Tout ce qui fait qu’on se couche le soir un peu plus différent du matin. Plus grand ou plus en colère. Plus poète et plus aventurier. Nos voyages très intérieurs… Et les grandes questions des enfants qui sont parfois les mêmes que l’on se pose adulte.

Pourriez-vous nous décrire votre journée type ?

Il n’y en a pas ! Je ne suis pas 24h sur 24 entrain d’écrire et pourtant j’écris toujours. Je ne suis pas hors la vie, ce qui fais que je compose avec elle pour laisser cette place à l’écriture. Et je vais beaucoup à la rencontre des enfants, des ados. Grâce aux enseignants, aux bibliothécaires, aux organisateurs de salons du livre, aux documentalistes…
Sans tous ces médiateurs, je crois sincèrement que mes livres ne seraient jamais vus ni lus. Mes journées sont donc très nomades avec comme fil conducteur, l’écriture.



A quel projet travaillez-vous en ce moment ?

J’aimerais me replonger dans le projet presque terminé d’un roman pour la collection « Photoroman » chez Thierry Magnier. La série de clichés d’un photographe est donnée à un auteur pour nourrir une histoire. Il s’intitule Chaque pas que je fais. C’est une phrase extraite d’une chanson de Pierre Lapointe dont les textes sont, là encore, de la littérature totalement renversante ! S’il est accepté, j’aurais l’impression d’avoir encore franchi une petite montagne…

Pourriez-vous choisir un passage dans un de vos livres et l’analyser ?

« (Entre le 20 et le 21 juillet, pile.)

C’est une nuit vraiment pas juste !                      
Je suis pourtant assise tout au bord de la chaise
mais mes pieds ne touchent même pas jusqu’à la planète terre.
J’étire, j’étire encore le bout de mes chaussures, mais rien.       
Je suis la plus petite des petites, voilà !
Je m’étire…je fais ça depuis des minutes entières pour passer le temps,
des années lumière même…                                                                        
Ça, en plus d’être impatiente que tu atterrisses bientôt. »

Un bond de géant. Editions Kilowatt, Illustrations de Barroux. (mars 2014)

Plus qu’une analyse…une question :
Ce prochain album parle encore d’une naissance, le soir du premier pas sur la lune…
C’est grave docteur ?!




lundi 17 février 2014

L’illustratrice voyageuse: Eva Montanari


Après des études d’illustration à l’Istituto europeo di design (IED) à Milan, Eva Montanari commence à publier en Italie, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Espagne, Japon et Taiwan. Ses livres sont aussi traduits au Portugal, en Turquie, Finlande, Argentine et Thaïlande.


ICI sa bibliographie complète.
 
Elle collabore aussi avec différents magazines et réalise des affiches et des calendriers. Eva Montanari anime plusieurs cours d’illustration en Italie et à l’étranger.

Son dernier livre sur Matisse a été réalisé à l’occasion de la grande rétrospective que la ville de Ferrara dédie au peintre et qui ouvre ses portes le 22 février. 

© Eva Montanari

Comment avez-vous géré la confrontation avec un artiste comme Matisse ?
J’ai récupéré d’abord tous les livres et les catalogues disponibles. Ensuite, j’ai fait des recherches sur internet et j’ai regardé beaucoup de documentaires sur le sujet. Il s’agit d’un livre de commande. Pourtant, j’ai été libre de choisir tout, du nombre de pages au format, du style à la technique à utiliser, jusqu’à la façon de traiter le personnage. J’ai pu décider si je voulais raconter Matisse sous le point de vue biographique ou poétique, si je souhaitais être descriptive ou synthétique.
J’ai beaucoup étudié sa biographie et son œuvre, mais finalement j’ai concentré toute mon attention sur le mot que j’avais associé au peintre quand je l’avais découvert pour la première fois : c’est-à-dire la « joie ». Cela a été mon point de départ. C’est à « elle » que j’ai donné la parole pour lui faire raconter Matisse.

Quelle technique avez-vous utilisé ?
Comme le faisait déjà Matisse, j’ai décidé de découper et de coller du papier que j’avais précédemment coloré. J’ai enrichi cette technique avec des pastels, des acryliques et des craies. Dans les pages où je raconte le passage de Matisse au collage, j’ai essayé de raconter cette transition de la façon la plus pure possible. 



© Eva Montanari


A chaque page, on remarque la présence d’un chat qui cache derrière lui un autre personnage. On trouve souvent cet animal dans vos albums…
C’est vrai, c’est un élément qui revient très souvent chez moi. Dans ce livre, il y a aussi un oiseau et un poisson. Chacun d’entre eux représente une couleur primaire. J’ai repéré ces trois personnages dans plusieurs photos en noir et blanc du peintre et j’ai décidé d’en faire des guides pour la narration. C’est une suggestion. Le lecteur peut imaginer qu’un de ces trois animaux raconte l’histoire à la première personne. Le chat est celui qu’on perçoit comme étant le plus malin et mystérieux. 



© Eva Montanari

Ce n’est pas la première fois que vous réalisez un livre sur un artiste. Il y avait déjà eu Degas…
Je ne sais pas si c’est une volonté précise de ma part ou un simple hasard. Le livre sur Degas était né par la fascination que j’avais pour un de ses tableaux, la Classe de danse. En premier plan, il y a une danseuse qui se gratte paresseusement le dos. Maintenant, je travaille sur un livre à propos d’un autre artiste.

Essayez-vous d’élaborer une espèce d’héritage ou, simplement, de faire connaître des personnalités que vous aimez ?
J’ai peut-être juste envie de raconter à travers des albums illustrés des parcours artistiques qui contiennent des indices, des suggestions, des possibilités. Travailler sur ces livres m’a permis d’observer, de fouiller et de réinterpréter la vie de ces grands artistes. J’ai été poussée à faire des expériences. Par exemple, je n’avais jamais utilisé les craies avant de travailler sur l’album de Degas. Grâce à Matisse, j’ai reçu une grande leçon de révolution créative.

Quels sont vos illustrateurs préférés ? Et les écrivains ?
C’est une question à laquelle j’ai répondu beaucoup de fois. Je ne me souviens pas si j’ai toujours cité les mêmes noms. Car la liste est très longue et à chaque nouvelle découverte, j’ajoute un nom ! L’illustratrice qui m’a fascinée le plus quand j’étais étudiante a été l’illustratrice Lisbeth Zwerger. Je pense que c’était à cause de la leçon d’économie de moyens d’expression et de la propreté qu’elle donne avec chacune de ses images. Deux caractéristiques si lointaines de ma façon de raconter ! Ces derniers temps, par contre, je suis beaucoup plus influencée par la peinture.
Parmi les écrivains, si je devais en nommer seulement un, je parlerais d’Italo Calvino… Ou peut-être d’Elsa Morante ? C’est difficile de choisir et je n’aime pas tellement cela. J’aime aussi beaucoup d’auteurs catalogués « jeunesse ».


© Eva Montanari

Comment naissent vos histoires ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Chacune nait différemment, d’une curiosité ou d’une obsession qui m’accompagne jusqu’au moment où je ne l’ai pas transformée en narration. Les sources précises, je ne saurais pas les indiquer. C’est sûr que je lis et regarde énormément de livres. Mes sources sont des images, mais aussi des personnes. J’aime les gens et j’adore imaginer et réfléchir sur leurs propres expériences comme si c’étaient les miennes.

Pourriez-vous nous décrire votre atelier ? Quelle est la première chose que vous faites quand vous vous asseyez à votre table à dessin ?
Si je dois être sincère, la première chose que je fais quand je rentre dans mon atelier c’est d’ouvrir les fenêtres ou d’allumer la lumière, si il fait trop noir dehors. Puis, je traîne un peu sur l’ordinateur. C’est seulement après que je trouve la concentration pour commencer à dessiner. Mon atelier est très grand, avec deux tables, une grande bibliothèque et une fenêtre qui s’ouvre sur le jardin. C’est le lieu où j’élabore mes projets, où je trouve la solution. C’est où je peux me permettre d’essayer toutes les techniques, où je peux me salir de la tête aux pieds. Mais ce n’est pas toujours là que j’ai l’inspiration. Pendant l’été, par exemple, je déménage au parc ou sur la table d’un bar sur la plage. Là, d’abord je me promène le long de la mer, puis je commence à dessiner. Parfois, je vais travailler chez des copains ou dans des bibliothèques, pour avoir la possibilité de regarder de nouveaux livres ou de parler et de me confronter à d’autres personnes. Pendant que je voyage, mon atelier est le carnet que je tiens entre les mains. Ils sont tout aussi importants l’un que l’autre.


© Eva Montanari

Vous êtes aussi sculptrice. Pourriez-vous nous parler de cette facette moins connue de votre travail ?
Si je n’avais pas dans mon atelier tout l’espace dont je dispose, tous les outils que je possède, il serait difficile de faire des expériences dans ce domaine. J’ai commencé car j’avais envie de voir vivre mon travail en trois dimensions. J’utilise une technique mixte et les matériaux avec lesquels je finalise mes travaux sont les mêmes que pour mes illustrations.



© Eva Montanari

Vous donnez beaucoup de cours d’illustration. Quelles choses essayez-vous d’enseigner ? Qu’est-ce que vous avez appris ?
Les personnes me fascinent, mais le travail d’un auteur est très solitaire. Depuis huit ans, je donne donc des cours d’illustrations en Italie ou à l’étranger pendant lesquels j’essaye d’expliquer comment construire un album. J’encourage d’habitude mes étudiants à développer un projet personnel. C’est quelque chose qui m’a permis de rencontrer beaucoup de gens différents, avec du potentiel qui est encore tout à découvrir. Cette activité me montre aussi comment des suggestions proposées en classe peuvent ensuite être élaborées d’une façon imprévisible par chacun de mes étudiants. Cela ouvre énormément l’éventail des possibilités.

Avez-vous jamais souffert du syndrome de la page blanche ?
Non, car, comme je le disais toute à l’heure, dans mon atelier j’ai plein de carnets des suggestions à développer. Par contre, j’ai souffert du syndrome de la dispersion des énergies. L’inspiration est fondamentale, mais la concentration pour finaliser un projet et lui donner une forme précise, l’est tout autant.
 
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je suis en train de réaliser un livre sur un des artistes qui m’a le plus fasciné. Mais pour l’instant, je garde le secret en continuant à avancer.


Pourriez-vous analyser une de vos images ?
Il s’agit d’une illustration pour un livre sur lequel je travaille en ce moment. Il est intitulé The Tortoise and the Hare et sortira chez Grimm Press. L’image est réalisée avec une technique mixte : acrylique, huile et pastel sur papier. Elle arrive vers la fin du livre et a la fonction de créer un raccord avec les précédentes illustrations. Cette image dévoile le paysage où la narration se déroule. Pour mieux comprendre son rôle, je montre aussi une des pages de croquis qui la précède. Il s’agit, par contre, d’une vision très précise. Les couleurs sont très chaudes. Je voulais que ce soit une image d’atmosphère, avec de nombreux détails à découvrir. J’ai été inspiré par les peintres Benozzo Gozzoli, Beato Angelico, mais aussi Giotto.


© Eva Montanari

© Eva Montanari 
 
Benozzo Gozzoli. Cappella dei Magi, Palazzo Medici Ricciardi à Florence

lundi 10 février 2014

Chiara Carrer raconte Ilustrarte 2014


Depuis 1990, Chiara Carrer a illustré plus d’une centaine de livres et d’albums. Née à Venise, elle est diplômée des Beaux-Arts de Rome, où elle a aussi étudié la sérigraphie à l’Ecole San Giacomo.

ICI sa bibliographie complète.

© Chiara Carrer - La joie de lire 

Parmi les prix qu’elle a reçus, notons la mention d’honneur à Ilustrarte en 2003 avec Le Lutin des chiffres (La joie de lire, 2002) et en 2007 avec La bambina e il Lupo (Topipittori, 2005).  


© Chiara Carrer - Topipittori

En 2013, elle fait partie du jury - avec Carll Cneut, illustrateur belge, Valerio Vidali, Grand Prix Ilustrarte 2012, et Ewa Stiasny, editrice - de cette manifestation qui a choisi parmi 2.000 participants depuis 72 pays les lauréats de l’édition 2014.


Grand Prix 2014 : Johanna Benz (Allemagne)
Mentions d'honneur : Diego Bianki (Argentine) et Urzsula Palusinska (Pologne)
  
Comment s’est déroulée la sélection ?
Il y a eu un choix préliminaire effectué par les organisateurs. En deux jours, il aurait fallu choisir entre 6.000 images ! De toute façon, les membres du jury ont regardé aussi brièvement les œuvres éliminées. On a repris deux dossiers. Dans une première phase, chaque juré a regardé les illustrations en solitaire, en attribuant aux différents dossiers un chiffre entre 1 et 3. Les illustrateurs qui avaient reçu des 3 étaient automatiquement retenus. Pour les autres, il a fallu en discuter tous ensemble. De toute façon, il faut préciser que faire parti d’un jury est plus facile que participer à une sélection. On ne risque rien ! (Rires)  

© Johanna Benz - Ilustrarte 2014

Comment êtes-vous arrivés au trois finalistes ?
Nous avons choisi Diego Bianki pour son ironie et son humour. Son travail nous a paru innovateur avec tous ses personnages dessinés sur des boîtes qui, à leur tour, composaient de nouvelles formes. Urzsula Palusinska a présenté une recherche très graphique, avec des personnages minimalistes, à l’esprit presque cruel. Finalement, on a décidé de faire gagner Johanna Benz pour la qualité de son travail et la liberté avec laquelle elle se sert des différentes techniques. Quand on regarde ses images, il y a une émotion qui se manifeste tout de suite, une joie de vivre et un sens du grotesque extraordinaires. Le petit plus qui l’a fait gagné est son jeune âge. 

Quels ont été les éléments déterminants pour qu’un illustrateur puisse être retenu ?
Il y a eu surtout la considération de l’originalité du point de vue. La technique devenait intéressante quand elle exprimait un contenu. D’habitude, pour un observateur lambda, c’est plutôt la virtuosité de l’exécution qui le fascine. Parfois, cela arrive aussi à des professionnels. Quand il n’y a pas assez d’images, ou de temps, pour évaluer le travail d’un artiste, on risque de se laisser emporter par des critères plus superficiels. 

© Diego Bianki - Ilustrarte 2014

Comment jugez-vous cette sélection ? Quelles tendances peut-on y lire ?
Il me semble qu’on peut parler de retour à des techniques plus traditionnelles et à un certain type de gestualité. Il y a comme la nécessité de revenir aux sources, à la matérialité des choses et des lieux. La nature est très présente, les images sont pleines de plantes. Il y a aussi un aspect très intime, qui se manifeste à travers l’utilisation du crayon. S’il y a des couleurs, ils sont de teintes pastel. C’est aussi une obsession de juxtaposer autant de signes les uns à coté des autres. Cela exprime une espèce d’apnée de la pensée. 

Avez-vous remarqué des spécificités qu’on pourrait définir comme « nationales » ?
Même si aujourd’hui on a plus l’occasion de voyager, on grandit dans un contexte spécifique. Les images que les artistes créent sont profondément influencées par l’âme du pays dans lequel ils naissent. Pour ce qui concerne l’Italie, on pourrait utiliser trois adjectifs pour qualifier les illustrateurs : affectés, virtuoses, peureux.
 
Mais ils ont peur de quoi ?
Surtout de rompre des schémas et des formes. Nous exprimons un grand manque de confiance qui se manifeste aussi dans la recherche de la perfection. Mais elle limite la créativité. 

Vous avez été aussi membre du jury à la Foire internationale de Bologne. Quelles différences avez-vous remarqué ?
Il y en a une fondamentale. Tous peuvent participer à n’importe quel concours, mais le faire à celui de Bologne, donne le droit d’avoir un billet d’entrée gratuite à la Foire. Malheureusement, c’est la seule chose qui intéresse beaucoup de monde. 

© Urzsula Palusinska - Ilustrarte 2014

Des conseils pour un jeune illustrateur ?
Se concentrer trop sur la technique enlève parfois des énergies importantes à l’expression du message qu’on veut communiquer. Il arrive souvent que derrière des virtuosités excellentes, il n’y ait pas une vraie pensée. Certainement, il y a aussi des cas où un grand artiste s’exprime à travers la parfaite maîtrise d’une technique. Je pense, par exemple, à Roberto Innocenti. Même si, parmi ses livres, celui que je préfère est L’Auberge de Nulle Part (Gallimard), où il exprime tous ses silences, ses surréalismes, ses pauses. C’est un livre plus rapide et frais. Jusqu’à il y a quelques années, il n’y avait pas en Italie d’écoles d’illustration. Il fallait aller voir des expositions, acheter des livres, travailler beaucoup. C’était tout. Je trouve que c’est très important d’étudier l’histoire de l’art et de l’illustration. Vu que l’instinct nous mène naturellement vers ce qui nous intéresse, on risque de s’arrêter à copier ceux qui sont à la mode. Copier fait partie du processus normal de l’apprentissage. Bien évidemment, il ne faut pas arriver à plagier le travail d’un autre. 

Quels sont les éléments dont il doit tenir compte, s’il veut participer à des concours ?
Dans ce cas, qu’il prenne d’abord le temps d’étudier le panorama de l’illustration international et de comprendre quelle est l’identité de la manifestation pour laquelle il veut postuler. Un dernier conseil. Il ne faudrait jamais travailler sur le texte d’un ami ou d’un membre de sa famille qui «écrit ». Mieux vaut se confronter avec une histoire importante dont la présence d’un sens profond est assurée. Comme les contes, par exemple !

lundi 3 février 2014

Le monde des applications : Paramecio Studio



A chacun le sien © Paramecio - Kite/Passepartout
 
Fondée par Lorenzo Bruni Pirani, Zak Baldisserotto, Giambattista et Moccolo, Paramecio est une entreprise jeune et dynamique basée à Ferrara, en Italie. Elle a un rapport privilégié avec la maison d’édition Kite/Passepartout*. Nous rencontrons aujourd’hui Lorenzo Bruni Pirani pour parler de ce studio de développement d’applications et de la réalité contemporaine du marché.

Quand Paramecio studio est-il nait ?
En 2011, j’ai décidé d’unir les compétences acquises dans les domaines du graphisme et de la programmation web avec mes passions, c’est-à-dire la musique, l’animation et l’illustration. Depuis que je suis enfant, j’aime la magie de l’animation, le souffle vital qu’un trait de crayon, un peu de sable ou de la pâte à modeler peuvent véhiculer. Quand finalement je termine un travail et je le vois vivre dans les mains d’un enfant, j’oublie les heures passées devant l’écran, les yeux qui deviennent rouges et les crises de nerfs pour une ligne de code qui ne veut pas obéir.

Paramecio : pourquoi avez-vous choisi ce nom ?
La paramécie est un organisme unicellulaire et pourtant très complexe. Je l’ai découvert pendant les leçons de biologie au lycée. Je l’ai trouvé très sympa et je lui ai dédié une chanson ! Quand j’ai décidé de me lancer dans cette nouvelle aventure, le nom « Paramécie » est sorti un peu comme une blague. Après, avec les autres membres de mon équipe, on s’est dit : pourquoi pas ? Au final, nous sommes une petite structure avec une grande capacité d’adaptation et avec les compétences nécessaires pour nager dans l’océan des applications. Très certainement, au moment de la création de la société, si on avait demandé à un expert de marketing, il nous aurait déconseillé de choisir « Paramécie » !

Rouge comme l'amour © Paramecio - Kite/Passepartout


Pourriez-vous nous décrire le panorama national et international des applications ?
Le premier mot qui me vient à l’esprit est : une jungle sauvage. La facilité avec laquelle on peut créer et distribuer ce type de produits explique que l’on peut trouver des choses très différentes les unes des autres. Des milliers de titres de très mauvaise qualité côtoient des perles d’intelligence et créativité.

Quelle est la différence entre une application et un ebook ?
Le terme « app » a été inventé par Steve Jobs pendant une de ses présentations. Concrètement, l’app ou application est un programme qui développe des fonctions sur un dispositif (téléphone, tablette, ordinateur). Par contre, un ebook est un livre dans un format digitale qui nécessite d’un support spécifique pour être lu.

Comment peut-on développer une application ? Des quelles compétences a-t-on besoin ?
Comme pour le cinéma ou la construction immobilière, par exemple, le temps de réalisation peut être très long. Il faut d’abord vérifier qu’il n’y ait pas d’autres applications similaires sur le marché. Après, il faut bien définir sa finalité, ses futurs usagers et ses contenus. C’est à partir de là qu’on évalue les professionnels dont on aura besoin pour les créer : des écrivains, des musiciens, des illustrateurs… Et à la fin, tout passe dans les mains des programmateurs pour qu’ils puissent traduire l’idée en code et la développer pour les différents supports. Bien évidemment, le budget compte énormément. Il est très courant qu’une seule personne s’occupe de plusieurs aspects.

Quels sont les coûts ?
Ils peuvent osciller entre quelques centaines et quelques dizaines de milliers d’euros. Comme tout bien de consommation, le prix est déterminé par des facteurs différents : la qualité du produit ou bien la réputation de la marque. 

Je peux le faire © Paramecio - Kite/Passepartout


Quels sont les modèles économiques ? Le bilan entre dépenses et recettes est-il toujours positif ?
C’est la vraie question, celle que les éditeurs se posent aujourd’hui ; savoir si cela vaut le coup d’investir dans un nouveau secteur alors que le marché est en crise. D’un autre coté, les créatifs et les programmateurs sont fascinés par le mirage d’un nouvel espace de développement et d’enrichissement. Pour l’instant, à part quelques statistiques qui montrent un marché dynamique aux Etats-Unis et une croissance en Europe, la seule considération valable c’est que le nombre de personnes qui ont une tablette continue à augmenter. En plus, produire des applications est relativement moins cher que produire des livres. Il faudrait vraiment que les éditeurs et les développeurs d’applications réfléchissent aux nouvelles formes de synergies qui peuvent être mises en place, plutôt que de se concentrer sur la recherche du meilleur prix.

Comment imaginez-vous le futur à court, moyen et long terme ? Risque-t-on une disparition du livre ?
Je crois que le livre ne disparaîtra pas. C’est ce que je souhaite, du moins ! La technologie qui sert à mémoriser et consulter les données est trop fragile pour lui confier toute notre mémoire culturelle collective. Grâce au papier, nous avons aujourd’hui des textes qui ont traversé les millénaires. Par contre, il y a quelques jours, j’ai essayé d’ouvrir des fichiers sur un CD d’une dizaine d’années et ils étaient illisibles ! Sans parler des problèmes techniques. Une tablette sans batterie peut contenir plusieurs textes auxquels on ne peut pas accéder. Je me demande aussi quel est l’impact écologique de la production et du recyclage de tous ces dispositifs qui se détériorent si vite.

Avec quel auteur rêvez-vous de travailler ?
Mon rêve est de collaborer avec Aardman Studio. J’adore leurs personnages animés en stop motion et leur humour.


Je peux le faire © Paramecio - Kite/Passepartout

Des projets futurs ?
On est en train de développer une applications pour le Children’s Book Fair de Bologne. On a aussi reçu de Kite deux textes très poétiques et très différents l’un de l’autre.  Le premier est très minimaliste et le deuxième très matérialiste. Je dirais même humide ! On parle de produits qui n’ont pas été conçus pour la tablette, mais on va essayer d’aller au-delà de la simple adaptation. Nous ne voulons pas juste transformer un livre en application.

Pourriez-vous choisir une de vos applications et l’analyser ?
Je voudrais parler de « La musique de Bufo », la première application que nous avons réalisée sous commande de Kite edizioni. La démarche a été très importante. Comme je le disais tout à l’heure, nous ne voulions pas juste adapter un livre. Nous avons essayé de voir vivre les illustrations de Roberta Zeta en travaillant surtout sur l’aspect du son, totalement absent dans le livre. Nous avons créé les atmosphères de l’étang, de la nuit pleine d’étoiles, en recherchant les sons de la nature. Vu que la musique est très importante dans le récit, nous en avons fait quasiment un personnage qui partage les moments de tristesse et de joie de Bufo. Dans certains cas, les animations sont liées à la narration ; dans d’autres, il s’agit plutôt de petites surprises qui sont découvertes au hasard. Car il n’y a pas de bons ou de mauvais gestes. La seule chose qui compte, c’est de vouloir s’amuser et de faire des expériences.

_______
* Valentina Mai, directeur artistique de Kite/Passepartout, décrit ainsi l’engagement de la maison d’édition dans le marché des applications :

« Nous aimons l’aventure et nous croyons qu’il est nécessaire de s’ouvrir aux nouveautés pour grandir. Il faut le faire car l’idée de pouvoir atteindre les lecteurs partout dans le monde nous fascine. Nous ne savons pas encore si nous pourrons en faire plus, mais nous continuerons certainement à en produire. L’objectif est de trouver le temps de développer une idée qui naisse déjà pour ce medium, qui ne soit donc pas l’adaptation d’un livre qui existe… On verra ! ».



© Paramecio - Kite/Passepartout

© Paramecio - Kite/Passepartout